Est de la RDC : une nouvelle coalition armée, un déficit de vérification et les enjeux humanitaires
Une nouvelle coalition a été proclamée à Goma. Les accords censés contenir la guerre ne sont pas vérifiés sur le terrain. Entre les deux, les acteurs humanitaires doivent désormais planifier.

Un nouvel acteur sur un vieil échiquier
Le 12 octobre 2026, selon les reportages de Reuters, le Front pour la Renaissance Nationale (FRN) de Joseph Kabila a été lancé à Goma, avec des figures du mouvement AFC/M23 à des postes de suppléants : une plateforme succédant à l'AFC/M23, présentée comme un véhicule politique national plutôt que purement militaire. Le président Félix Tshisekedi a accusé Kabila d'agir comme un mandataire du Rwanda. Kabila et le FRN rejettent cette caractérisation. Les deux affirmations sont publiques ; aucune n'a été établie de manière indépendante, et SRM les traite comme des positions, non comme des conclusions.
Ce qui est établi, c'est le mouvement sur le terrain. Le 26 octobre, des combats entre les FARDC et des éléments du FRN/M23 ont été signalés autour de Fizi et de Walungu, au Sud-Kivu, les mêmes axes que les acteurs humanitaires empruntent pour atteindre Minembwe, Kaziba et les Hauts Plateaux.
Ce que documentent les experts de l'ONU
Le rapport final du Groupe d'experts de l'ONU sur la RDC (S/2026/466, juin 2026) documente que l'AFC/M23, avec le soutien soutenu des Forces de défense du Rwanda, a étendu son contrôle territorial, a pris Uvira en décembre 2025 avant de l'évacuer sous pression internationale, et a consolidé une administration parallèle, incluant des mécanismes bancaires et d'assurance alternatifs. Le même rapport constate que les engagements de cessez-le-feu et de retrait n'ont été que partiellement mis en œuvre, les retraits relevant d'un repositionnement tactique, et que la RDC n'a pas mis en œuvre ses engagements de neutralisation des FDLR. Il documente aussi une évolution nette des tactiques : systèmes aériens sans pilote, capacité de frappe en profondeur contre l'aéroport de Kisangani, et brouillage et leurrage présentant des risques sérieux pour l'aviation civile.
La ligne de base humanitaire de ce rapport est saisissante : en mars 2026, 3,4 millions de personnes étaient déplacées internes en Ituri et dans le Nord et le Sud-Kivu, et plus de 60 % de la population de ces provinces vivait dans l'extrême pauvreté.
Le déficit de vérification
Les processus de Washington et de Doha ont produit des engagements. Ce qu'ils n'ont pas produit, c'est une présence de vérification capable de dire, semaine après semaine, qui tient quel terrain, quelles forces se sont retirées, et quel acteur armé contrôle la route dont un convoi a besoin demain. La conclusion du Groupe d'experts, mise en œuvre partielle et repositionnement tactique, est ce à quoi ressemble un processus non vérifié, vu du terrain. Pour les opérateurs, la question pratique n'est pas ce qui a été signé. C'est qui peut confirmer, le jour même, qu'un engagement est tenu.
Les enjeux humanitaires
Trois conséquences suivent pour les acteurs humanitaires. Premièrement, la négociation d'accès se fragmente. Si le FRN est une partie distincte et non une simple nouvelle étiquette, les arrangements existants conclus via les processus de Doha, de Washington et de Luanda–Nairobi ne le lient pas automatiquement, et les négociateurs font face à un nouvel interlocuteur dont la chaîne de commandement n'est pas éprouvée. Deuxièmement, l'isolement s'aggrave là où les combats se concentrent. Le Groupe d'experts constate que les combats à Minembwe, au Sud-Kivu, ont isolé la population banyamulenge et coupé les biens essentiels et l'assistance humanitaire. Troisièmement, l'environnement opérationnel se compose. Le dernier rapport de situation d'OCHA pour la RDC (semaine 41, 5 au 11 octobre 2026) superpose les dynamiques Ebola, choléra et mpox et les déplacements continus au Sud-Kivu au tableau du conflit. Les risques d'accès, de sécurité sanitaire et de protection arrivent désormais ensemble, non en séquence.
À surveiller
- Cohésion du FRN : défections, communiqués rivaux, ou scission entre sa présentation politique à Goma et le commandement du M23 sur le terrain.
- Vérification : tout mécanisme, conjoint ou tiers, qui commence à publier la vérité du terrain sur les retraits et le contrôle territorial.
- Le corridor d'Uvira : les mouvements autour d'Uvira et des axes Fizi–Walungu comme indicateur de savoir si les combats d'octobre étaient une sonde ou une campagne.
- Minembwe : si l'accès humanitaire aux communautés isolées est restauré, négocié, ou davantage fermé.
- Risque aérien : toute nouvelle activité de drones ou de brouillage près des routes aériennes civiles dans les Kivus.
Cette analyse est le sujet du prochain SRM Snap Call : « RDC–Rwanda : le FRN de Joseph Kabila et ses perspectives pour les acteurs humanitaires et la région », jeudi 5 novembre 2026, 09h00 New York · 15h00 Kinshasa · 16h00 Goma, en français, sous la règle de Chatham House, non enregistré. Avec Daniel Mwendanga et le Dr Brown Walls. Inscription gratuite : form.jotform.com/262920153630046
Analyse de l'équipe de recherche SRM · Analyste principal : Daniel Mwendanga, analyste et chercheur en conflit, paix et sécurité.